FRÉQUENCE DES MARQUEURS IMMUNOLOGIQUES SÉRIQUES SPÉCIFIQUES DE LA MALADIE CŒLIAQUE CHEZ UNE POPULATION DE DIABÉTIQUES DE TYPE 1.

STUDY OF THE FRÉQUENCY OF ANTIBODIES AGAINST TISSUE TRANSGLUTAMINASE AND GLIADIN IN CHILDREN WITH TYPE 1 DIABETES MELLITUS.

 

Résumé : Le diabète de type 1 (DT1) auto-immun est souvent associé à la maladie cœliaque (MC). La MC est une entéropathie inflammatoire et auto-immune induite par l’exposition au gluten qui déclenche également une réponse immunologique responsable de la destruction des cellules à insuline. La MC étant souvent silencieuse chez les diabétiques, son dépistage est crucial. Il permet d’instaurer la bonne prise en charge de ces patients qui risquent de développer des complications néfastes pour
leur croissance et leur bien-être. Notre travail a pour but de déterminer le profil des auto-anticorps antitransglutaminases tissulaires (tTGA) d’isotypes IgA et IgG, des anti gliadines (AGA) d’isotypes IgA et IgG chez des enfants diabétiques de type 1.
Patients et méthodes : Notre étude a inclus 312 diabétiques connus ou en phase de déclaration de diabète. Tous les patients ont fait l’objet de la recherche des auto-anticorps spécifiques du DT1 afin de confirmer l’origine auto-immune de leur diabète : anti ilôts de Langerhans (ICA), anti glutamates décarboxylase (GADA) et anti tyrosine phosphatase (IA2-A). Par ailleurs, les anti transglutaminases tissulaires (tTGA) d’isotype IgA et IgG, spécifiques de la MC ont été dépistés. La confirmation des tTGA positifs a été par la recherche des anti-endomysium (EMA). La recherche des anti gliadines (AGA) d’isotype IgA et IgG associés à l’intolérance au gluten a été également entreprise. Les techniques type (ELISA) et l’immunofluorescence indirecte (IFI) ont été utilisées.
Résultats : Parmi les 312 patients 154 soit 49,36% étaient en phase inaugurale du DT1 et 75 soit 24% sous insulinothérapie substitutive depuis moins de 2 ans.

La moyenne d’âge était de 8,7 ans (IC : [7,2 - 9,2]) avec un sexe ratio (M/F) = 0,97. Les tTGA ont été retrouvés positifs avec des taux faibles (moins de 50 U/ml) chez 26 patients soit 8,33% (IC95 : [0,05 ; 0,11]) de la population étudiée et avec des taux élevés qui dépassaient 300 U/ml chez 13 patients soit 4,2% (IC95 : [0,02 ; 0,06]). Les tTGA (IgA) ont été retrouvés seuls chez 16 sujets soit 5,13%, associés aux AGA chez 23 patients soit 7,4% et les tTGA (IgG) seuls ont été décelés chez 9 patients soit 2,88% des patients. Les AGA isolés ont été relevés chez 38 patients soit 12,2% (IC95 : [0,08 ; 0,15]). Ils sont d’isotype IgA chez 8,65% (IC95 : [0,05 ; 0,11]) et d’isotype IgG, chez ≈ 3,5% (IC95 : [0,01 ; 0,05]) des diabétiques avec des taux globalement faibles (moins de 50 U/ml).

Conclusion : Les auto-Ac tTGA en faveur de la MC ont été retrouvés à une fréquence élevée (4,2%) dans notre étude. Les patients positifs étaient, pour la majorité, des diabétiques à la phase de déclaration du DT1 ou au cours des 2 premières années de son évolution. L’intolérance au gluten dont l’évolution se fera probablement vers l’atrophie villositaire est marquée par la présence des AGA retrouvés à un âge précoce chez 12,2% de ces patients d’où l’importance du dépistage précoce de la MC chez les enfants diabétique de type 1.

Mots clé : diabète de type 1, maladie cœliaque, anti-transglutaminase, anti-gliadine.

    

Summary : The type 1 diabetes (T1D) is an auto immune disorder frequently associated with the celiac disease (CD). The CD is another immune mediated enteropathy causing small bowel mucosa atrophy and malabsorption syndrome. It’s serological diagnosis is established by testing for antibodies against tissue transglutaminase (tTGA). Gluten sensibility might be a shared causative factor for both diseases. It is diagnosed by serological testing for antibodies against gliadin (AGA). Moreover, CD is under diagnosed in T1D patients because of the heterogeneous clinical symptoms. It is well known that CD may be responsible of wide complications (failure to thrive, weight loss, iron deficiency anemia, diarrhea …). Therefore, we aimed to determine the profile of tTGA (IgA & IgG) and AGA (IgA & IgG) in children with T1D.
Patients and methods : We screened 312 T1D children, aged from birth to 16 years old, for tTGA (IgA, IgG) and AGA (IgA, IgG). tTGA Positive screened sera were confirmed by EMA. All samples were analyzed for T1D markers (ICA, IA2A, and GADA). Two immunological tests were used : enzyme ga7646455654254ged immune sorbent assay (ELISA) and indirect immunofluorescence (IFI).
Results : Out of 312 children diagnosed with T1D 154 (49,36%) were at the onset of the disease and 75 (24%) were in the first 2 years from the diagnosis. The mean of age was 8,7 years (IC : [7,2 - 9,2]) with a sex ratio (M/F) = 0,97. The tTGA (IgA) were present with significantly high levels (upper than 300 U/ml), in 13 patients 4,2% (IC95 : [0,02 ; 0,06]). About 16 T1D children (5,13%) were positive screened for tTGA (IgA) alone, 23 (7,4%) were associated to AGA and 9 patients (2,88%) were positive for tTGA (IgG). The AGA were found alone with low titers (under 50 U/ml) in 38 T1D children (12,2%). The AGA (IgA) were more frequent [8,65% (IC95 : [0,05 ; 0,11])] than AGA (IgG) ≈ 3,5% (IC95 : [0,01 ; 0,05]).
Conclusion : Significantly high titers of tTGA were found in 4,2% of the patients. They are specific and predictive for CD. The positive screened patients were without specific symptoms of the disease. They were, for a lot of them, at the time of T1D diagnosis. Moreover, 8,65% patients with silent sensibility to gluten were identified. Gluten is a necessary trigger for mucosa atrophy. Taking together these data indicate that children at high risk for CD (like T1D patients) must be screened and followed up since the onset of T1D. Once the CD diagnosed they should be treated by a gluten free diet.
Keywords : Type 1 diabetes, celiac disease, Transglutaminase Antibodies, gliadin antibodies.

 

  • INTRODUCTION

La maladie cœliaque(MC) est une entéropathie auto-immune qui touche l’intestin grêle. Sa prévalence, chez les diabétiques de type 1, est plus élevée que dans la population générale. Elle varie de 3 à 16% avec une moyenne de 8%(1)(2).
Le diabète de type 1 (DT1) auto-immun et la MC sont deux pathologies qui partagent le même patrimoine génétique de susceptibilité soit la présence des allèles HLA DQ2 et/ou DQ8. Elles impliquent de nombreux facteurs d’environnement responsables du déclenchement du processus auto-immun.
L’un des principaux facteurs est l’exposition au gluten(3). Ce dernier provoque une réaction inflammatoire responsable de l’atrophie villositaire avec l’installation d’un syndrome de malabsorption.
Le gluten renforce également l’auto-immunité dirigée contre la cellule β productrice de l’insuline.
La MC est souvent (60 - 70% des cas) silencieuse et asymptomatique chez les diabétiques de type 1.
Elle est diagnostiquée au cours des dix premières années suivant la déclaration du DT1(4). Occultée, elle expose aux risques de complications à type de lymphomes, de maladies ulcératives des intestins, de retard de croissance lié à la malabsorption.

De ce fait, son dépistage chez les DT1 est devenu primordiale. Il repose sur la recherche d’autoAc circulants dirigés contre la Transglutaminase tissulaire (tTGA) et les Ac anti-endomysium (EMA) d’isotypes IgA et IgG. La présence d’une atrophie villositaires à l’examen histologique d’un fragment de biopsie jéjunale apporte la preuve incontestable à son diagnostic positif. L’intolérance au gluten est décelée par la présence d’Ac anti gliadine (AGA) d’isotypes IgA et IgG.
Notre travail a porté sur dépistage de la MC et de
l’intolérance au gluten chez des enfants DT1, afin de déterminer la fréquence et le profil des tTGA, des AGA chez cette population.

  •  MATÉRIELS ET MÉTHODES

Matériels

Il s’agit d’une étude prospective, réalisée en deux temps. La première étape de 2010 à 2016, considérée comme préliminaire, a concerné 222 enfants suivis pour DT1. La deuxième étape de notre travail (2019) a concerné 90 enfants diabétiques en phase inaugurale. Tous nos patients ont été suivis en consultation de diabétologie ou
hospitalisés dans les services de pédiatrie du CHU d’Hussein Dey.
Un total de 312 enfants DT1 a constitué notre population d’étude. L’âge variait de la naissance jusqu’à l’âge de 16 ans. Ont été exclus de l’étude les patients déjà suivis pour l’association DT1 & MC.
Les marqueurs immunologiques sériques spécifiques du DT1 : anti îlots de Langerhans (ICA), anti glutamate décarboxylase (GADA) et anti tyrosine phosphatase (IA2-A) ont été recherchés dans le but d’étudier le profil des autoAc chez eux et de confirmer l’origine auto-immune de leur diabète. Les sérums positifs pour les tTGA
(IgA et IgG) ont été confirmés par la recherche des EMA (IgA et IgG).
Le dépistage d’une éventuelle intolérance au gluten a été réalisé par la recherche des AGA d’isotype IgA et IgG.

Méthodes
Deux méthodes immunologiques ont été utilisées au cours de notre étude :
La technique ELISA simple sandwich sur Kit INOVA (USA) : QUANTA Lite® R h-tTG IgA, QUANTA Lite® R h-tTG IgG, QUANTA Lite® Gliadin IgA II et QUANTA LiteTM Gliadin IgG II, pour le dosage des tTGA et AGA d’isotypes IgA et IgG spécifiques de la MC.
Un test ELISA indirect a été utilisé pour le dosage des GADA et IA2A d’isotype IgG spécifiques du DT1 sur des Kits EUROIMMUN (Germany).
L’immunofluorescence indirecte (IFI) a été utilisée pour la recherche des ICA spécifiques du DT1sur des coupes de pancréas de primates sur Kits INOVA (USA), Biorad (USA) et EUROIMMUN (Germany).
La recherche des EMA spécifiques de la MC sur des coupes d’œsophage de primates sur Kit INOVA (USA).

  •  RESULTATS

Caractéristiques de la population étudiée

La population étudiée a inclus 312 enfants DT1 dont la moyenne d’âge était de 8,7 ans (IC95 : [8,2-9,2]). L’échantillon était composé de 154 (49,35%) garçons et de 158 (50%) filles soit un sexe ratio de 0,97. Les enfants âgés de moins de 10 ans représentaient 70% parmi eux et ceux âgés de moins de 5 ans 29,5%. Plusieurs pics de déclaration de la maladie ont été notés (8 et 10) ans, et (3 et 5) ans. La moyenne d’âge à ladéclaration du DT1 était de 7 ans (IC95 : [6,5 - 7,45]), 41,3% ont été diagnostiqués avant l’âge de 5 ans. Au recrutement, la durée d’évolution du DT1, chez les patients, était d’évolution variable, 154/312 soit 49,36% (IC : [0,43 - 0,54]) étaient en phase de DT1 inaugural et 75/312 soit 24% (IC : [0,19-0,29]) présentaient un DT1 d’évolution récente (moins de 2 ans).

Etude des auto-Ac spécifiques du diabète de type 1
D’une façon globale, les fréquences des ICA, des IA2A et des GADA retrouvées étaient 62,2%, 49,4% et 63,8% respectivement. Les enfants diabétiques considérés étaient à différentes phases d’évolution de la maladie. Ainsi, il y avait des diabétiques en phase de déclaration de la maladie, des diabétiques récents (moins de 2 ans d’évolution), des DT1 dont l’ancienneté ne dépassait pas 5 ans et ceux considérés anciens avec plus de 5 ans d’évolution. Les fréquences relatives à chaque auto-Ac dans les différents sous-groupes sont illustrées par la figure 1.

Figure 1 : Fréquences des auto-anticorps spécifiques du DT1 selon l’ancienneté de la maladie. Les fréquences globales sont encadrées

Par ailleurs, la co existence des ICA, des IA2A et des GADA a été décelée chez 82/312 soit ≈ 26,3% (IC : [0,21 - 0,31]). Elle était plus fréquente parmi les diabétiques en phase de déclaration de la maladie 53/154 soit (34,4%) (figure 2).

N = 82
ICA (+), IA2A (+), GADA (+)

Figure 2 : Fréquence de l’association des ICA, IA2A et GADA selon l’ancienneté du diabète.


Etude des auto-Ac spécifiques de la Maladie Cœliaque

Les tTGA (IgA) ont été retrouvés chez 39/312 patients soit 12,5% (IC95 : [0,09 ; 0,16]). Les taux étaient faibles (inférieurs à 50 U/ml) chez 26 patients soit 8,33% (IC95 : [0,05 ; 0,11]), ils étaient supérieurs à 50 U/ml et dépassaient parfois les 300U/ml, chez 13 patients soit 4,2% (IC95 : [0,02 ;0,06]). Plusieurs sous groupes sont individualisés selon que les tTGA (IgA) ont été retrouvés seuls ou associés aux tTGA (IgG) et aux AGA (IgA) et/ou (IgG). Les figures 3 et 4 illustrent les profils des
tTGA et AGA selon l’âge et selon l’ancienneté du DT1 chez les patients

S/Groupe des patients positifs pour les tTGA(IgA) sans présence d’AGA (n = 16)

On a dénombré 16/39 soit ≈ 41% des patients qui étaient positifs pour les tTGA (IgA) et négatifs pour les AGA. Globalement, les taux retrouvés ne dépassaient pas 50 U/ml. à l’exception de 2 patients chez qui les titres étaient supérieurs à 122U/ml. Chez l’un d’entreeux les tTGA (IgG) étaient élevés (plus de 66 U/ml). Cette association tTGA (IgA et IgG) a été retrouvée également chez 3 autres patients (avec des taux faibles moins 50U/ml).

La majorité des patients de ce s/groupe (10/16) soit 62,5% était en phase de DT1 inaugurale. L’âge moyen était de 8,78 ans (IC : [6,82 ; 10,74]) et le sexe ratio (M/F) = 1.  

Figure 3 : Fréquences des marqueurs immunologiques sérologiques de la MC selon l’âge des patients.

S/Groupe des patients positifs pour les tTGA (IgA et/ou IgG) &les AGA (IgA et /ou IgG) [n = 23]

Nos résultats ont révélé que 11/23 soit 47,8% des patients de ce s/groupe étaient fortement positifs pour les tTGA (IgA). Les taux dépassaient 200 U/ ml (voire plus de 300U/ml). Ils étaient associés à des taux faibles des tTGA (IgG). Les AGA, également positifs, ont été retrouvés avec des taux élevés (plus de 250 U/ml). On a noté le cas d’une patiente âgée de 11 ans dont le diabète évoluait depuis 4 ans, qui était positive pour les tTGA (IgA et IgG) et les AGA (IgA et IgG) à des taux élevés (plus de 300 U/ml). Dans ce s/groupe l’âge moyen des patients était de 8,95 ans (IC95 : [7,49 ; 10,41]).
Le sexe ratio (M/F) = 0,22, la prédominance féminine était notable. Les enfants âgés de (5 -10) ans représentaient 54,54%. En ce qui concerne
les 12 autres patients (52,2%) les tTGA (IgA) ont été retrouvés à des concentrations faibles, moins de 50 U/ml. Les AGA (IgA) ont dépassé 150 U/ml. L’âge moyen était de 9,54 ans (IC95 : [7,79 ;11,29]), le sexe ratio (M/F) = 1. Les patients d’âge pré pubère (au moins 10 ans) prédominaient avec un DT1 inaugural (41,67%) ou récent.
En total, nos résultats exhibent :
- 13 patients fortement positifs pour les tTGA  (IgA) avec des taux dépassant 200 U/ml ce qui correspondait à ≈ 4,2% (IC95 : [0,02 ; 0,06]) de la population globale. L’âge moyen était de 8,5 ans (IC95 : [7,06 ; 9,94]), le sexe ratio (M/F) de 0,3 la prédominance féminine était notable. Le DT1 d’évolution variable, était inaugural chez 5 parmi
les 13 patients.
- 26 patients faiblement positifs pour les tTGA (IgA) moins de 50 U/ml. Ils représentaient 8,33% (IC95 : [0,05 ; 0,11]) des diabétiques de l’étude. La moyenne d’âge était de 9,35 ans (IC95 : [7,92 ; 10,78]), le sexe ratio (M/F) de 1. On a noté la prédominance des patients de sexe masculin dans la tranche d’âge 8 à 10 ans.

S/Groupe des patients positifs pour les tTGA (IgG) N = 9

Certains patients 9 parmi les 312 diabétiques soit 2,88% (IC95 : [0,01 ; 0,046]) ont été dépistés positifs pour les tTGA d’isotype IgG sans association aux tTGA (IgA) et aux AGA (IgA et IgG). Les taux de positivité étaient faibles de 20 à 30 U/ml. Le DT1 chez ces patients était en phase de déclaration ou récent (moins de 2 ans). L’âge
moyen était de 7,88 ans (IC: [5 ; 10,78]), le sexe ratio (M/F) de 0,8 et les enfants âgés de moins de 5 ans représentaient 44,44 %.

S/Groupe des patients positifs pour les AGA(IgA) et/ou AGA(IgG) N = 38

Les AGA d’isotype IgA et IgG ont été détectés seuls chez 38 patients 38/312 soit 12,2% (IC95 : [0,08 ; 0,15]). Les patients de ce s/groupe présentaient un DT1 en phase de déclaration ou évolutif depuis 2 ans. Ceux qui ont été dépistés positifs pour les AGA (IgA) 27/38 représentaient 71%. Par rapport à la population de l’étude, ces patients représentaient 8,65% (IC95 : [0,05 ; 0,11]). Les taux de positivité, étaient en majorité faibles (moins de 50 U/ml) chez 20/27 soit 74%. Cependant, 7 patients (2,24%) avaient des taux de positivité qui dépassaient 156 U/ml. L’association des AGA (IgA) avec les AGA (IgG), avait été retrouvée chez 3/27 patients soit 11,11%, âgés de moins de 3 ans de sexe masculin, en phase de déclaration du DT1. Nous avons relevé que chez l’un d’entre eux les ICA avaient un titre supérieur au 1/10e
et les IA2A dépassaient 400 UI/ml.

Les AGA (IgG), ont été détectés seuls avec des taux faibles chez 11/38 (28,9%). Par rapport à la population globale (N=312) la fréquence de ces Ac a été estimée à ≈ 3,5% (IC95 : [0,01 ; 0,05]).
On a noté la prédominance des patients âgés de moins de 5 ans, en phase d’inauguration du DT1.

Figure 4 : Fréquence des marqueurs immunologiques sérologiques de la MC selon l’ancienneté du DT1.

  • DISCUSSION

Les tTGA et les EMA occupent une place importante dans le dépistage sérologique de la MC. Leur présence est hautement en faveur de l’existence d’un processus évolutif auto-immun. Ce dernier est à l’origine de la réaction inflammatoire de la muqueuse intestinale, il conduit à l’atrophie villositaire. Il a été rapporté que les tTGA (IgA) dont les taux sont supérieurs à10x la valeur de la normale (x10N U/ml) sont corrélés avec la présence de lésions histologiques de grade 2 ou 3 de la classification de Marsh(5).
Dans notre série 4,2% (IC95 : [0,02 ; 0,06]) des patients étaient positifs avec des taux qui dépassaient 122 U/ml, voire plus de 300U/ml chez certains. La recherche des EMA (IFI) était corrélée avec la positivité des tTGA. Cependant, il est important de souligner que la confirmation, par la recherche d’EMA, a été faite sur les mêmes
prélèvements. Les recommandations actuelles préconisent un contrôle de la positivité des tTGA (IgA) par la recherche d’EMA sur un autre prélèvement(6). Nonobstant, 4,2% représentait

la séroprévalence de la MC dans notre cohorte, ce résultat se rapprochait de celui rapporté par Cerqueiro & al (2) qui ont retrouvé 3,1% (85/2705) et Szaflarska Popławska(7) qui a relevé une fréquence de 3,6%. Une étude marocaine a rapporté 10,2%(8).
La prévalence mondiale est comprise entre 3% et 16% selon les cohortes. La plus haute prévalence a été celle rapportée en 1996 par Boudraa & al 16,4% dans l’Ouest algérien, elle était basée sur la preuve histologique(9). Son résultat s’inscrivait dans une période où on a assisté à une recrudescence mondiale de la prévalence de la MC(1).
Dans notre série, la preuve histologique n’a pas été vérifiée pour tous les patients. Néanmoins pour ceux d’entre eux qui ont bénéficié de la biopsie jéjunale, les résultats parvenus étaient cohérents.
Il est utile de rappeler que selon les recommandations de l’ESPGHAN modifiées en 2020, l’examen histologique n’est pas indiqué devant une forte positivité des tTGA (IgA)(6). La moyenne d’âge des patients qui présentaient une forte positivité pour les tTGA (IgA) était de 8,5 ans avec une prédominance du sexe féminin.
Ces données ont été signalées et retrouvées par d’autres études dont les études Australienne de Joshi K.K., et al(10), Tunisienne de(11) et Suédoise(2). La plupart des auteurs ont dévoilé une séropositivité franche des tTGA (IgA) chez les enfants dont le DT1 s’est déclaré à un âge précoce(2) avec une évolution d’au moins 4 ans. Pour d’autres la séropositivité des tTGA était concomitante à la déclaration du diabète(2)(10).
Dans notre série, les diabétiques dépistés fortement positifs pour les tTGA présentaient un diabète d’évolution variable, quoique la majorité des patients était en phase de déclaration de la maladie. Les experts ont évoqué l’existence d’une fluctuation des taux des tTGA et des EMA avec un retour à la normale possible au cours de la première année du diabète malgré l’observance d’un régime alimentaire sans restriction de gluten(1)

(2) (12). Nos patients n’ont pas été recontrôlés. Les tTGA ont été retrouvés avec des taux inférieurs à 50U/ml chez 8,33% (IC95 : [0,05 ; 0,11]) de la population étudiée. Ces patients, dont l’ancienneté du diabète est variable, avaient une moyenne d’âge de 9,35 ans, légèrement supérieur à celle du sous-groupe franchement positif (8,5 ans). Aucune prédominance de sexe n’a été notée, ce qui ne corrobore pas avec les résultats de Cerqueiro & al (2) qui ont rapporté la prédominance des titres faibles chez les sujets de sexe féminin.
De plus les titres faibles, à la phase de déclaration du diabète, seraient associés, dans plus de 10% des cas à une fausse positivité(1). Conformément aux recommandations de l’ESPGHAN 2020, les patients qui ont des titres faibles de tTGA et qui s’intègrent dans le groupe des sujets à haut risque de développer la MC (entre autre les DT1)
doivent bénéficier d’une oesophago-gastroduodenoscopie avec prélèvement biopsique(6).
Le contrôle histologique n’a pas été fait pour nos patients étant donné que l’étude avait été menée avant l’apparition de ces recommandations. Plusieurs profils des auto-Ac ont été mis en évidence chez nos patients qui étaient, pour la majorité, en phase de diabète inaugural. Les tTGA (IgA + IgG) ont été détectés seuls ou associés aux AGA (IgA + IgG) et aux marqueurs immunologiques du DT1 (ICA, IA2A et GADA) dont les taux étaient variables faibles ou significativement élevés (figure 4). Cette
donnée a été évoquée par de nombreuses études qui soulignaient la déclaration de la MC au cours des 3 voire les 2 premières années qui suivent le diagnostic du diabète(3).
Par ailleurs, 2,88% des patients étaient positifs pour les tTGA (IgG) seuls, ils étaient probablement déficitaire en IgA (le dosage n’a pas été réalisé chez eux). En effet, Le déficit en IgA (1,3%) est plus fréquent chez les enfants qui développent la MC par opposition à la population générale(2). L’exposition au gluten est essentielle au développement et à l’installation de la MC.
La présence des AGA renseigne sur l’existence d’une intolérance à cette molécule. Nos résultats ont montré que 12,2% de nos patient savaient ces Ac qu’il s’agisse d’AGA (IgA) ou d’AGA (IgG). Nos résultats ont retrouvés deux pics d’âge d’apparition de ces Ac (à 8 ans et à 3 ans), l’intolérance au gluten a débuté précocement par rapport à la production des tTGA (IgA) qui ont été détectés chez les patients d’un âge supérieur (plus de 10 ans)(2).
Cette intolérance fait le lit à la MC qui s’installe insidieusement, particulièrement si elle n’est pas recherchée systématiquement et qu’aucune prise en charge (en terme de suivi) n’est préconisée.
Par ailleurs, elle constitue également un facteur favorisant pour le développement de la réponse auto-immune anti-cellules β(13), (14).
Les auteurs sont unanimes sur le fait que la MC chez les DT1 est souvent diagnostiquée dans les 5 premières années suivant la déclaration du diabète et dans 90% des cas au cours des 2 premières années(15), (16).
Enfin, il serait utile de le mentionner, 14,7% des patients de l’étude étaient âgés de moins de 4 ans (n = 46), le dépistage sérologique, par la recherche des Ac anti-gliadine déamidée (anti-DGP) n’a pas été réalisé chez eux.

  • CONCLUSION

L’association DT1 - MC est retrouvée dans notre cohorte avec une fréquence qui s’intègre dans l’intervalle des prévalences retrouvées dans d’autres contrées. L’intolérance au gluten, chez nos patients, est retrouvée à un âge précoce.
On note la présence marquante et concomitante des auto-Ac spécifiques du DT1 et des tTGA spécifiques de la MC.
Ceci renseigne sur la présence simultanée d’un processus auto-immun rapidement progressif dirigé d’une part contre les cellules à insuline et d’autre part dirigé contre la muqueuse intestinale ce qui peut être prémonitoire d’une maladie cœliaque imminente. Au vu de nos résultats, on peut spéculer que l’intolérance au gluten commence à un âge précoce.
Le dépistage précoce de la MC et la préconisation du régime sans gluten au moment propice permet d’assurer un meilleur équilibre du diabète, de maintenir le développement staturo-pondéral et de prévenir certaines comorbidités telles que l’anémie, l’ostéopénie et d’éviter les complications néfastes de la MC. 

  •  RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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Revue SAI N° 06 : 1er Semestre 2022